A l'âge de dix-huit mois, il me suivait partout, au milieu des bois, des champs, dans les villages, et même dans les rues les plus fréquentées de ma petite ville. Ce qui surprit le plus les hommes qui aiment à observer la nature dans les animaux, c'est qu'il chassait fort bien le livre avec deux chiens courants élevés avec lui, quoiqu'il ne donnât pas de voix. Il fut tué dans une de ces excursions par un chasseur qui le rencontra et le prit pour un loup sauvage, malgré le collier que je lui faisais porter.
Les Américains ont eu le talent de mettre à profit l'intelligence de certains oiseaux sauvages et de les soumettre à une sorte de domesticité. Le chaia ou chavaria du Paraguay (Parra chavaria, Lin.) atteint la grosseur d'un petit dinde. Sa tête, couverte de duvet ainsi que son cou, est ornée d'une élégante couronne de plumes relevées; son plumage est d'un gris plombé; ses longues jambes sont munies d'ongles très-forts, et le bout de ses ailes est orné d'unecorne épaisse, longue, pointue, qui le rend redou-table aux autres oiseaux. Néanmoins son caractère est doux, généreux même, car il n'emploie sa force et son courage qu'à la défense des timides oiseaux de basse-cour que les Indiens mettent sous sa garde. Il se promène tout le jour avec beaucoup de gravity au milieu des poules, des canards et des oies qu'on lui a confiés, et son oeil penjant, presque toujours dirigé vers la nue, lui permet de découvrir un oiseau de proie à une très-grande distance.
Aussitôt qu'il l'aperçoit il jette le cri d'alarme et se prépare fièrement au combat. Vainement le vautour ravisseur se précipite avec la rapidité de la foudre sur une oie ou une poule; la chaia est là, le bec en avant et les plumes hérissées. Tandis que d'une aile il couvre la victime, de l'autre il frappe l'assassin, et avec son éperon il lui fait de profondes blessures à la gorge et à la poitrine. Comme un athlèete exercé à la lutte, il sait prendre son temps pour lui lancer son bec pointu dans les yeux, pour le déchirer avec ses griffes. Il frappe à coups redoublés, renverse son ennemi, l'accable plus par son courage et son adresse que par sa force, et le contraint bientot à prendre honteusement la fuite. Alors il se redresse et se promène fièrement au milieu de son troupeau épouvanté, pendant que les coqs s'épuisent chanter sa victoire.
Mais si l'oiseau ravisseur attaque son troupeau lorsqu'il est à pâturer dans les champs, les oies, pendant que le chala combat, peuvent être éparpillées par la peur, et, ainsi isoles, devenir une proie facile saisir. Voici un autre protecteur qui vient leur secours. C'est un agami, dont la voix mugissante, semblable au bruit d'une trompette, effraye le vautour et appelle le berger l'aide de l'intrépide chala.
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M. Boitard
Curiosités d'histoire naturelle, 1862