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Le Hong Kong Health Spa se situe dans un bâtiment vétuste qui ressemble à un motel bon marché à Jones Street dans le quartier Tenderloin. A l'entrée, une porte en fer rouillée arrête les visiteurs. Une nuit, récemment, un journaliste accompagné par un ami est venu découvrir cet établissement mystérieux. Après avoir sonné à plusieurs reprises, le couple s'est enfoui à l'intérieur.
Comme dans beaucoup d'autres salons de massage, une caméra vidéo est installée au plafond de l'entrée. Une autre porte en bois à l'air inexpugnable apparaît au fond de l'escalier qui vous conduit au sous-sol. Après quelques minutes, elle s'ouvre sur une lumière jaune pâle. Un homme de taille moyenne habillé en noir jauge le journaliste.
Même s'il n'est pas fort, il est assez musclé, et il a l'air d'être expérimenté dans la bagarre à coups de poings, prêt à lancer une attaque sur tous les intrus. Il est assez calme mais pas amical, peut-être qu'il essaie de se débarrasser du journaliste et de son copain: "Désolé, nous n'offrons pas de services pour deux d'habitude."
Le copain du journaliste, qui jadis était un guide touristique au centre-ville, demande à l'homme si l'établissement pouvait accueillir un groupe de touristes hongkongais qui arriverait bientôt en ville. Le visage de l'homme change.
Il fronce les sourcils mais au même temps il fait un pas arrière et crie: "Madame!" D'un coté du couloir étroit il y a un salon spacieux, de l'autre, quatre ou cinq chambres privées. Tout d'un coup Madame surgit d'une des chambres. Une dame âgée de vingt à trente ans, nous salue poliment. Native de Taiwan, elle est habillée d'un habit cramoisi criard à deux pièces avec des boutons en or. Quand elle s'aperçoit de l'accent chinois du journaliste elle commence à bavarder en mandarin.
"45 minutes de bain chaud et massage oriental, coûtent $ 50 par personne." C'est un bon prix comparé à d'autres salons de massage du quartier. Le Paris Massage et Sauna dans le même quartier fait payer $ 60 pour un massage de 30 minutes et pour l'utilisation illimitée du sauna.
"Nous avons des filles superbes vietnamiennes, thaïlandaises et taïwanaises ici. Désolée, mais pas de dames de Hong Kong," dit la dame en s'excusant. Le Hong Kong Health Spa est juste un des quelques 20 salons de massage du quartier Tenderloin, un quartier de faibles revenus, de mauvaise réputation soit pour les drogues soit pour le sexe. Les salons de massage ici représentent un tiers des revenus totaux de la ville. La plupart des femmes travaillant dans des salons de massage ici sont des immigrées vietnamiennes, cambodgiennes et chinoises. Dans les années 70, les refugiés vietnamiens et cambodgiens qui s'étaient enfuis de leurs pays ravagés par la guerre ont envahi Tenderloin. Mais aucune femme hongkongaise ne travaille ici. "C'est dommage." soupire Madame. "Beaucoup de jeunes dames de Hong Kong sont assez riches. Elles ne vont pas s'engager dans ce métier". "Alors pourquoi vous appelez-vous Hong Kong Health Spa?" le journaliste demande.
"Je pense que ça sonne bien," répond Madame sans réfléchir. "Vous savez, Hong Kong est le bon endroit pour se relaxer et s'amuser."
Le titre de l'établissement s'explique par une clientèle locale de langue à majorité cantonaise, originaire de Hong Kong ou de Canton. Parmi les autres clients, on trouve des hommes d'affaires et des touristes de Hong Kong et de Taiwan. "Il y a de plus en plus de personnes qui viennent de la Chine continentale pour les affaires," glousse Madame. Après d'autres discussions sur les prix des prestations, Madame admet qu'elle n'est pas la responsable ici. Dans quelques minutes une autre femme, âgée d'une quarantaine d'années, surgit d'une des chambres privées. Elle a des caractéristiques cantonaises indéniables : petite, squelettique, avec les pommettes saillantes et elle a la peau plus foncée. Les deux femmes parlent en cantonais pendant un moment quand la propriétaire disparaît de nouveau dans une chambre.
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"Souvenez-vous," reprend Madame, "nous n'offrons que des massages, rien d'autre." Elle nous fait un clin d'œil, "Bien sûr, le prix n'est pas fixe, et il peut y avoir quelques extras services. Mais je ne peux pas le promettre. Vous le verrez quand vous viendrez."
Après une pause elle se rapproche de nous. "Bien sûr nous vous ferons payer des extras pour le service extra. Regardez, c'est raisonnable. Dans ce monde quand on vous offre certains services, on attend que vous payiez plus". La réponse évasive nous convainc qu'on offre du sexe également, si vous payez plus. A travers la porte le journaliste peut clairement voir le salon. C'est une chambre spacieuse sans fenêtre, avec des larges miroirs sur trois murs. Une rangée de canapés dans une déco fleurie rose et verte claire éparpillée autour du mur. Il n'y a pas de client ici. Toutes les portes des chambres privées sont ouvertes ou semi-ouvertes.
En septembre dernier le Comité de Surveillants de San Francisco a adopté une mesure qui interdit la création de nouveaux salons de massage dans le Tenderloin et prescrit des restrictions sur ceux qui existent déjà, réduisant les horaires d'ouverture du 7 heures à minuit. Selon Madame, le Hong Kong Health Spa est ouvert chaque jour jusqu'à 3 heures du matin. Mais à cause de la répression des mois précédents, le commerce a diminué. L'Officier Larry Chan de SFPD Tenderloin Station affirme que même si le trafic de drogue dans les années 90 a éclipsé la prostitution dans cet endroit, ces salons de massage sont encore surveillés de près. Et la Brigade criminelle de SFPD fait des inspections inopinées ou des investigations clandestines.
Deux jeunes filles jettent un regard furtif de deux chambres séparées. Elles se ressemblent - avec des cheveux mi-longs colorés en marron foncé. Les bretelles de leurs chemises de nuit noires marquent leur peau lisse et poudrée, et découvre la moitié de leurs seins charnus et presque leur entier dos. Madame dit fièrement, "Toutes parlent un cantonais courant, bien qu'aucune ne soit de Hong Kong. C'est indispensable pour travailler ici. La plupart de nos clients parlent cantonais, comme je vous l'ai dit. Les Yankees ne s'y intéressent pas. Ils ont des autres endroits où aller."
Comme elle continue à bavarder, le journaliste est attiré par une jeune fille étendue sur un des canapés du salon. Ses cheveux de jais cachent son visage, mais on peut voir, de la peau lisse de son cou et de ses genoux, qu'elle est assez jeune. Cette fille fredonne un refrain interrompu, accompagnant la chanson de pop cantonais qui passe à la télé pendue au plafond. Le karaoké est une forme populaire d'amusement ici.
Sa voix est infantile et instable, mais on peut détecter une trace d'enrouement. Elle est en train de peindre ses ongles des pieds avec un vernis violet. Lentement, méticuleusement, elle les peint un par un, comme si elle était en train de réaliser une œuvre d'art. Puis elle souffle sur ses ongles pour sécher le vernis. Elle ne lève pas sa tête une seule fois pendant la conversation, elle est complètement indifférente à ce qui se passe autour d'elle. Le journaliste fait un pas et jette un œil furtif dans la chambre à la porte mi-close. On ne voit qu'une partie d'une grosse baignoire. "Allez-y," le gardien de corps intervient: "vous devriez partir. Nous vous avons consacré trop de temps puisque nous n'avons pas de clients aujourd'hui."
"Oui, ça serait mieux que vous partiez." Madame dit poliment, "le commerce marche mal récemment."
Pendant qu'elle accompagne tous les deux à la porte, Madame est de nouveau gracieuse: "Venez quand vos amis arrivent à San Francisco. Nous sommes répertoriés dans les pages jaunes, ou mieux encore, voici une carte de visite. Nous pratiquons des bons prix. Vous ne pouvez pas trouver un meilleur endroit à San Francisco."
Par Julie Chen Zhu
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